Grégoire : celui qui était propret. #1

Celui qui était propret est la version « De la consommation à l’amour », sans pathos et avec prise de recul.

Lorsque les larmes et la déception n’obstruent notre jugement, il est plus aisé de faire preuve d’objectivité.

Vous êtes dans une période de consommation, de jonglage intense et intensif. Pinder est en vous ! Vous échangez avec lui, rarement. Vous parlez de vous rencontrer sans trop y croire. Il semble si calme, si posé, si mou et schizophrène du selfie alors que vous ? Vous êtes une pile électrique, branchée sur de 220V, vos problèmes capillaires l’attestent.

Il vous relance. Le rendez-vous est fixé.

Vous craignez de le décevoir, de l’agacer donc vous ne l’envisagez pas comme un potentiel. Vous craignez qu’il vous déçoive, qu’il vous agace donc vous ne l’envisagez pas comme un potentiel. Et ses selfies… Encore un égocentrique… Ça promet.

C’est le jour J. Il est en retard. Il pleut. Vous frisotez. Vous espérez que le côté caniche mouillé ne vous empêchera de passer un bon moment. Il arrive enfin. Il vous sourit, vous regarde avec ses grands yeux clairs, il est mieux en vrai (ouf), la pluie et le retard ne sont plus qu’un lointain souvenir.

Un moment rhumantique, une conversation plaisante, pas de doute, le Monsieur est cultivé, les verres se remplissent et se vident, le temps passe,… une tape dans le dos agrémentée d’un « on y va ? »… Il doit être tard ! Ah non, 23h45.

Là deux explications s’offrent à vous : soit il vous voit comme un pote, soit il souffre du syndrome de « Cendrillon ».

Ni l’un ni l’autre, le dieu des TCL a parlé… Ben oui quoi, il ne faudrait pas louper le dernier métro…

Plus tard, il vous dira que vous avez été son premier coup de foudre, son premier coup de coeur. Sacrément tiède ce coup de foudre !

Vous continuez de papillonner. Vous le revoyez. Toujours le même naturel, la même simplicité. Mais toujours pas la moindre trace d’un quelconque engouement. Pourtant, vous lui plaisez. Il vous l’a dit.

Vous apprenez à le connaître. En plus de son doux regard, de son joli sourire, il est passionnant, il vous passionne. Les hommes capables de parler linguistique pendant des heures, ça ne court pas les rues. Votre matière grise apprécie et s’émoustille.

Vous programmez une expo, une soirée. Des baskets (pas des tennis, pas des sneakers mais bien des baskets et les chaussettes blanches qui vont avec, bref, le total look) dans un bar ?

Note pour plus tard : Parler de la tenue vestimentaire.

Enfin le premier baiser. Tout en spontanéité :

« Je te plais ou pas ?

– Oui.

– Alors on s’embrasse ! »

Note pour plus tard : parler technique bucale.

Chacun repart de son côté.

Encore un doué, ce n’est pas gagné. Toutefois les discussions, les balades, les moments agréables, les rires… se multiplient. Il ferait un ami parfait. Poursuivons.

Un mois avec le premier baiser, première nuit. Il aurait été dommage de se précipiter, Monsieur voulait être sûr de lui…

Votre avis est plutôt mitigé, pour ne pas dire que vous êtes carrément sur la réserve. Ce n’est pas la folle excitation, on est loin de la foire du trône. Vous criez au scandale, à la pub mensongère, vous réclamez, vous exigez les papillons dans le ventre. Vous envisagez de mourir d’ennui.

Heureusement votre maman qui ne veut que votre bonheur va prêcher activement pour sa paroisse. Disons le franchement, on frôle la propagande :

« Vous faites le même métier, vous aimez la linguistique, vous avez tous les deux un enfant.

– Oui mais il est mou, je m’ennuie.

– Il est intéressant, il a de l’esprit.

– Il s’habille comme un sac, il fait négligé, il a des poils dans les oreilles comme les vieux. Regarde ! (photo)

– Tu exagères, il n’est pas si moche. Juste banal. Tu as été avec pire. Tu le relookeras et tu l’emmèneras chez le coiffeur.

– Il est nul au lit, tout est hyper convenu, aucune passion.

– Laissez- vous le temps de vous apprivoiser.

– Vous faites le même métier, vous aimez la linguistique, vous avez tous les deux un enfant. C’est parfait.

– … »

Le tout, en boucle pendant plus d’une semaine. Résultats, vous revenez plus éprise de votre collègue qu’avant votre départ. Ô magie maternelle ! Ne sous-estimons pas la puissance de la suggestion.

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